Alcoolisme au travail : comment le gérer ?

L’alcoolisme au travail : un fléau.

 

Les décès liés à l’alcool en France sont estimés à  49.000 morts par an. L’alcoolisme est donc responsable de plus de 130 morts par jour en France ou 1 toutes les 10 minutes environ (compteur).

On estime qu’environ 10 % des adultes ont un usage problématique de l’alcool (4 à 4,5 millions). Et comme tous ne sont pas exclus de la société, il y a un nombre important de personnes alcooliques dans les entreprises.

L’alcoolisme est une maladie.

De façon relativement consensuelle, on peut dire qu’un alcoolique est « une personne qui a perdu la faculté de s’abstenir de boire ».

Les neurosciences (mais je ne suis pas experte en la matière), expliquent que dans le cerveau de l’alcoolique, quelque chose ne fonctionne pas pour ce qui concerne l’alcool. D’où l’incapacité à dire stop au verre de trop.

Les critères diagnostiques de l’Organisation Mondiale de la Santé – CIM-10 concernant l’alcoolisme sont les suivants :

  • « Au moins trois des manifestations suivantes ont persisté conjointement pendant au moins un mois ou, quand elles ont persisté pendant moins d’un mois, sont survenues ensemble de façon répétée au cours d’une période de 12 mois : désir puissant ou compulsif d’utiliser une substance psycho active;
  • Altération de la capacité à contrôler l’utilisation de la substance, caractérisée par des difficultés à s’abstenir initialement d’une substance, à interrompre sa consommation ou à contrôler son utilisation, comme en témoigne le fait que la substance est souvent prise en quantité supérieure ou sur un laps de temps plus long que ce que le sujet avait envisagé, ou par un ou plusieurs efforts infructueux pour réduire ou contrôler son utilisation;

 

  • Survenue d’un syndrome de sevrage physiologique quand le sujet réduit ou arrête l’utilisation de la substance, comme en témoigne la présence de symptômes de sevrage, caractéristiques de la substance, ou l’utilisation de la substance (ou d’une substance similaire) dans le but de diminuer ou d’éviter les symptômes de sevrage;

 

  • Mise en évidence d’une tolérance aux effets de la substance, caractérisée par un besoin de quantités nettement majorées pour obtenir une intoxication ou l’effet désiré, ou un effet nettement diminué en cas d’usage continu de la même dose;

 

  • Préoccupation par l’utilisation de la substance, comme en témoigne le fait que d’autres plaisirs ou intérêts importants sont abandonnés ou réduits en raison de l’utilisation de la substance, ou qu’un temps considérable est passé à faire le nécessaire pour se procurer la substance, la consommer, ou récupérer de ses effets;

 

  • Poursuite de la consommation de la substance psycho active malgré la présence manifeste de conséquences nocives, comme en témoigne la poursuite de la consommation malgré le fait que le sujet est effectivement conscient de la nature et de la gravité des effets nocifs, ou qu’il devrait l’être ».

Ce qu’il en ressort donc : c’est qu’il est difficile d’arrêter de boire, de sortir de l’alcoolisme.

Ce qui est plus difficile encore, c’est de réapprendre à vivre sans alcool, sachant qu’un alcoolique, s’il a la chance de pouvoir arrêter de boire, ne pourra plus jamais prendre un verre d’alcool, sinon il risque de replonger dans la spirale infernale de l’usage abusif d’alcool. Ce n’est pas le troisième verre qu’il ne faut pas prendre, c’est le premier.

Dans l’entreprise, le nombre d’ouvriers, d’employés, de cadres, de dirigeants (ou quelle que soit leur fonction) qui abusent de l’alcool « pour tenir le coup » n’est pas négligeable. Un « petit blanc » avant d’arriver au travail, « un déjeuner bien arrosé », quelques whisky le soir, et parfois (je l’ai vu) : une bouteille dans un des tiroirs du bureau pour tenir le coup dans la journée.

Que peut faire l’employeur ? Constater l’ivresse et prononcer une mise à pied ? Voire un licenciement ?

J’ai lu dernièrement qu’un licenciement pouvait amener l’alcoolique à se reprendre en main. J’en doute. Il est probable qu’il s’enfoncera davantage.

Alors que faire en cas d’alcoolisme au travail ?

Car l’entreprise est responsable en cas d’accident.

Car la personne alcoolique n’a pas forcément envie de reconnaître qu’elle est malade.

Car aller voir son collègue de bureau ou son manager ou un membre de son équipe pour lui dire « je pense que tu bois un peu trop » n’est pas facile. C’est tabou.

Pour arrêter de boire, il y a les addictologues, l’hospitalisation, le sevrage (à haute dose d’alcool, le sevrage sans aide médicale peut créer un délirium tremens).

Après l’hospitalisation, il y a nécessité d’un suivi

  • Par un addictologue,
  • Par des journées en hospitalisation de jour,
  • Par des groupes de paroles (il y a quelques associations d’anciens buveurs qui sont là pour ça).

Et il y a le coaching.

Que les choses soient claires : j’ai essayé de coacher des alcooliques qui consommaient encore de l’alcool. Peut-être que certains coaches peuvent le faire. Moi non. L’imprégnation alcoolique obère la cognition, l’accès aux émotions est difficile, et le travail suggéré entre deux séances est rarement fait.

Mais coacher une personne qui a cessé de boire et veut reconstruire sa vie, ça c’est possible. Et très constructif.

Encore faut-il que ce soit un objectif, puisque le coach accompagne son client vers l’atteinte d’un objectif.

Encore faut-il que l’objectif soit formulé positivement. L’objectif « je ne veux plus boire » n’est a priori pas « recevable » en coaching. Ne plus boire est juste le commencement.

Là se pose la question : « vous ne voulez plus boire pour quoi faire ? Que souhaitez-vous atteindre, vivre … ? …)

Coacher un alcoolique abstinent nécessite de bien connaitre la problématique de l’alcoolisme, de disposer d’une forte dose d’empathie et d’avoir les reins suffisamment solides pour entendre des choses qui peuvent faire peur, très peur même.

Car si le coaching, contrairement à la psychothérapie, ne part pas du passé pour arriver au présent mais part du présent pour se construire un avenir, il est improbable que l’alcoolique abstinent, en séance de coaching, n’exprime pas des remords, des regrets, de la culpabilité, de la honte liés au fait d’avoir bu ou d’avoir fait, sous l’emprise de l’alcool, des choses dont il n’est pas fier.

Et si le coach n’est pas capable d’entendre cela sans sourciller, alors le coaché saura qu’il a un espace d’expression limité, et il y a tout à penser que le coaching n’aboutira pas.

Je connais bien la problématique de l’alcoolisme et du rétablissement de l’alcoolique.

J’ai observé la traversée du désert de l’alcoolique actif, et celle qu’il traverse à nouveau une fois qu’il a cessé de boire et qu’il regarde en arrière.

Je sais ce qu’un alcoolique doit traverser comme souffrances intérieures pour se relever et aller de l’avant. Et vivre libre de l’alcool.

 

Je clôturerai par le fait qu’il me semble plus que nécessaire d’accompagner, par une personne qui ne posera pas de jugement, un alcoolique qui revient au sein de l’entreprise, sevré après une cure.

 

Car il aura à gérer sa honte, la peur du regard des autres, un éventuel sentiment d’inaptitude ou de décalage et l’inévitable mépris, c’est humain, de certains.

Un coaching bien mené (et éventuellement démarré avant le retour au travail)  favorisera une réappropriation de l’estime de soi, accélérera le processus de réintégration, pour une plus grande qualité de vie de tous et une ré acquisition de sa performance pour ce qui concerne l’alcoolique sevré.

2018-05-15T08:31:03+00:00 Non classé|

A propos de :

Créatrice à l'âge de 26 ans d'une entreprise qu'elle a dirigé 11 ans, elle intervient aujourd'hui auprès d'autres dirigeants pour les aider à pérenniser, développer et optimiser la rentabilité de leur entreprise sans travailler 70 heures par semaine. Coach certifiée RNCP1 et consultante - créatrice de la société idrm - elle intervient sur la base de son expérience et menée par sa passion d'aider les entrepreneurs dans leurs challenges quotidiens.
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